Océan : « J’assume la vulnérabilité »

Luc Biecq

Auteur, réalisateur, comédien, Océan investit les scènes et les écrans depuis plus de 15 ans. Il nous parle de son nouveau spectacle, aussi drôle qu’émouvant qu’il jouera partout en France.

Entre 2009 et 2019, vos deux seuls en scène, La lesbienne invisible et Chatons violents, connaissent un grand succès. Le nouveau spectacle garde-t-il cet humour féroce ? 
Oui, tout à fait, il y a vraiment un lien car j'ai les mêmes obsessions depuis toujours. Je les travaille et je les explore chaque fois un peu plus en profondeur. Je m'autorise à aller dans des choses plus dures, plus frontales. J'assume maintenant la mise à nu, la vulnérabilité, l'émotion et ça me rend très heureux d’avoir moins peur de la fragilité, des questions sans réponses.  
 
Avec votre série sur France TV, on a eu l’impression d’approcher les étapes de votre transition de genre. Vous aviez conscience que c’était quelque chose d’exceptionnel, à la télé française ? 
Je l'ai fait parce que justement, il y avait très peu de ressources et ça n’était pas sur France TV mais sur le site france.tv/slash. Ce genre de programme ne serait pas passé à la télé. Bien sûr que je m'en rends compte, c’est même un de mes plus gros moteurs créatifs, de me dire « tiens ça personne n'en parle ou en tout cas personne n'en parle de cette manière », c’était déjà le cas pour mes précédents spectacles. Je savais que je pouvais apporter une narration différente en filmant depuis ma place de concerné.

Votre nouveau spectacle est créé dans un théâtre public. C’est selon vous plus de théâtralité. Qu’entendez-vous par là ? 
Le théâtre public favorise les temps de création et je savais que j'aurais beaucoup plus d’espace pour chercher, constituer des tableaux et des ambiances sensorielles. Quand je parle de théâtralité, je parle aussi d'images au sens où le théâtre permet des propositions visuelles et sonores qui demandent du temps de création et de recherche qu'on n'a pas forcément dans le privé. Dans un seul en scène façon « stand up », il est attendu qu'on crée vite et allez hop, on y va, on rode sur scène. Je voulais avoir les moyens de travailler avec plusieurs collaborateurices, en sur mesure pour ce spectacle. 
Le titre, L’infiltré, fait penser aux espions ?  
C'est un mot que j'aime beaucoup, j’ai un peu l'impression d'être un espion dans le monde de l'entre soi masculin, parce que les hommes se comportent très différemment quand ils sont entre eux, ce qui me fait souvent rire, ou m’accable. Être « infiltré » parmi eux me permet de voir des choses que je ne voyais pas forcément avant. C'est notamment le sujet de ce spectacle: je m’attaque aux hommes, surtout hétéros cis blancs. Car même si j'ai un passing aujourd'hui qui fait que les gens me perçoivent comme tel, je n'en reste pas moins un homme transgenre, fervent féministe. J'ai un rapport ambivalent aux hommes : un sentiment paradoxal d'appartenance/ désappartenance, et ce nom d’ « infiltré » me semblait tout à fait adapté !

Du 9 au 20 mars 2026 aux Plateaux Sauvages (Paris), du 23 mars au 1er avril 2026 au Théâtre national (Strasbourg), les 9 et 10 avril 2026 La Halle aux Grains (Blois), du 22 au 24 avril 2026, Théâtre de la Croix-Rousse( Lyon), du 27 au 30 avril 2026 MixT (Nantes), du 5 au 7 mai 2026 Théâtre Liberté (Toulon).

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