Vivre, s'aimer et lutter : Ne laissons pas les coupes budgétaires menacer la fin du VIH

Vincent Leclercq

Aujourd'hui, en France, faire la fête, s'aimer librement et prendre soin de sa santé sexuelle est devenu presque une évidence. Avec la PrEP et les traitements qui rendent le virus indétectable et intransmissible (I=I), le VIH ne nous empêche plus de vivre. Mais cette liberté, dont nous profitons, est le fruit d’un combat mondial féroce contre l’épidémie. Un combat aujourd'hui gravement menacé : après avoir massivement coupé les vivres aux associations françaises, le gouvernement s'apprête à amputer de 60% sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. 
L'impact est d’une violence inouïe. La France, historiquement pionnière dans la lutte contre le sida, choisit de déserter au pire moment possible.

Le paradoxe de la PrEP : freiner juste avant la ligne d'arrivée
Pourquoi ce timing est-il dramatique ? Parce que nous sommes à un tournant historique. Les PrEP à longue durée d’action (à prendre tous les un, deux ou six mois selon les versions) commencent tout juste à être déployés dans le monde. Le Fonds mondial a réussi un tour de force en lançant ce traitement en Afrique en même temps que dans les pays riches.
C’est maintenant qu’il faut accélérer ! Déployer massivement ces PrEP partout dans le monde pourrait casser définitivement la dynamique de l'épidémie, alors que les populations clés (dont les hommes gays et personnes trans) représentent encore près de la moitié des nouvelles infections mondiales. Couper les vivres aujourd’hui, c’est refuser de financer l'outil qui peut mettre fin au sida par simple logique comptable.

Les associations, unique filet de sécurité pour les personnes LGBT+
L'autre menace, plus silencieuse mais tout aussi mortelle, pèse sur la survie de nos communautés. Dans de nombreux pays, être gay, trans, usagè-r-es de drogue, travailleur·se du sexe reste un crime. Dans ces contextes hostiles, les associations de lutte contre le VIH ne se contentent pas de distribuer des préservatifs : elles sont de véritables sanctuaires.
Ces structures commu-nautaires agissent comme un filet de sécurité vital. Elles offrent des soins sans jugement, une protection juridique et un refuge. Or, quand les budgets internationaux se contractent, les programmes destinés aux minorités de genre et aux droits humains sont toujours les premiers sacrifiés. En réduisant sa contribution, la France fragilise directement ces acteurs de terrain. Elle expose les personnes LGBT+ du monde entier à une double peine : le retour en force du virus et la répression d'État, sans plus aucun refuge vers lequel se tourner.
Le contexte mondial est d'autant plus inquiétant avec le retour des conservatismes et mouvements anti-droits. L'Europe et la France devraient être le bouclier qui protège ces populations, pas ceux qui les abandonnent.

Restons mobilisé-e-s !
L'heure n'est pourtant pas à la résignation. Notre communauté est née de la lutte. De la colère d'Act Up aux victoires scientifiques, nous avons toujours su transformer la peur en action. Le Fonds mondial a déjà sauvé 70 millions de vies depuis sa création en 2002, dont de très nombreuses personnes LGBTQI+. Nous savons que la victoire totale contre l’épidémie est à portée de main. Les associations françaises sont déjà au front pour exhorter le gouvernement à revenir sur cette décision mortifère. 

Face à ce risque de démobilisation et pour montrer que nous restons fièrement mobilisé-e-s, Coalition PLUS a lancé le 1er décembre 2025 sa campagne #StillStanding. Informons-nous, parlons-en, soutenons nos assos. 
La lutte contre le VIH est profondément politique. Célébrons nos fiertés et gardons les yeux ouverts : la solidarité internationale n'est pas qu'une ligne budgétaire, c'est ce qui nous maintient tou-t-e-s en vie.

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