Subventions, symboles, services publics, visibilité : les communes jouent un rôle clé dans la vie quotidienne des personnes LGBT — et, indirectement, dans l’équilibre national des droits. On fait le point à quelques jours du premier tour des municipales.

Les élections municipales se tiendront les 15 et 22 mars prochains. Les conseils municipaux — et donc les maires et les adjoint·es — des près de 35 000 communes françaises seront renouvelés. Une foule de critères pourront sans doute orienter votre choix dans l’isoloir. En voici un supplémentaire, souvent sous-estimé : les villes constituent un maillon essentiel du soutien aux communautés LGBT.
Elles peuvent en effet agir à plusieurs niveaux. Il y a le soutien financier direct ou indirect, via les subventions ou la mise à disposition de locaux. Avec d’autres collectivités territoriales comme les départements ou les régions, les villes demeurent une source importante de financement pour les associations. Il n’est donc pas inutile de se renseigner sur le bilan des équipes sortantes en la matière ou sur le programme des différentes listes.
Une ville peut aussi soutenir les commerces LGBT-friendly ou faire en sorte qu’un maximum d’établissements soient sensibilisés à l’accueil des personnes LGBT. En 2002, la ville du Mans fut la première à mettre en place une charte d’accueil LGBT pour les établissements. D’autres l’ont suivie depuis, comme Nice avec son programme Irisée naturellement.
Le soutien peut également passer par l’inclusivité dans les politiques publiques, que ce soit en conditionnant l’argent public à des structures qui ne discriminent pas ou en favorisant une programmation artistique prenant en compte les thématiques queer.
Une ville, c’est par ailleurs un ensemble de services que peuvent solliciter les personnes LGBT, comme l’état civil, par exemple. Pour garantir un accueil respectueux de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, des formations peuvent être mises en place.
Symboles
Une politique LGBT-friendly peut aussi s’incarner dans des symboles. Depuis une vingtaine d’années, des rues ont été nommées Pierre Seel à Toulouse et à Paris, un square Jean Le Bitoux à Montreuil. De nombreuses rues et places dans la capitale ont également été baptisées du nom de personnalités : la Promenade Coccinelle, la Promenade Cleews Vellay, la Place des combattants du sida, etc. En 2025, Paris et Rouen ont inauguré toutes deux des monuments dédiés aux personnes LGBT persécutées. L’an dernier, les marches arc-en-ciel de la rue Beaurepaire à Nantes sont devenues officiellement les marches des Fiertés. Si certains militants radicaux critiquent parfois des mesures d’affichage, qui n’engagent pas à grand chose, on peut y voir au contraire une forme de reconnaissance : les personnes LGBT vivent et s’engagent au sein de leurs villes et villages : il est normal que les rues et monuments reflètent cette réalité.
Les élu·es peuvent aussi contribuer à la visibilité LGBT. Si Bertrand Delanoë, maire de Paris de 2001 à 2014, fut le plus célèbre et le plus visible, on compte quelques maires de grandes villes ouvertement gays, à l’image de Mathieu Klein à Nancy, Gil Avérous à Châteauroux ou Patrice Bessac à Montreuil. Marie Cau, première maire trans élue en 2020, a démissionné avant la fin de son mandat. Pour les élections à venir, on peut noter l'investiture de Lucie Castets, à la tête de la liste de gauche hors LFI dans le XIIème arrondissement de Paris. La visibilité ou l'orientation sexuelle des candidat.es ne fait pas tout, rappelle l'Observatoire LGBT+ de la Fondation Jean Jaurès dans une enquête menée auprès de 15 grandes villes françaises : « 9 listes sur 10 investissent des candidat·es se déclarant publiquement LGBTI+, mais seules 67 % des listes déclarent intégrer des personnes spécifiquement engagées sur les questions LGBTI+, ce qui nuance la portée de cette représentation ». Et puis la visibilité ou l'engagement sur les questions LGBT ne sont pas une garantie pour figurer sur les listes. Deux militantes lesbiennes très visibles, Alice Coffin, autrice du Génie Lesbien, à Paris et Sophie Roques, présidente d'Homosexualité et socialisme, à Marseille, n'ont pas été réinvesties sur les listes où elles figuraient aux élections précédentes.
Quelques associations s’impliquent
Parce que la progression des droits et de la visibilité LGBT ne se fait rarement toute seule, quelques associations s’engagent pour interpeller les futur·es élu·es et leur suggérer des mesures à prendre. C’est le cas de l’Inter-LGBT à Paris, qui en propose 84, ou du Groupe Action Gay et Lesbien Loiret (GAGL45) à Orléans, qui présente 15 propositions « pour faire de nos villes et de nos villages des communes inclusives ». Homosexualités et Socialisme, mouvement associé au Parti socialiste, a publié un livret avec 46 mesures, déclinées selon plusieurs axes : gouvernance, ressources humaines, santé, espaces publics, commerces, international, culture… Le mouvement a également lancé une Charte d’engagements pour les droits LGBTI+, comprenant 12 engagements concrets pour des communes engagées en faveur de l’émancipation. Début février, elle était signée par une centaine d’élu·es.
Pour l’Inter-LGBT, « ces élections s’inscrivent à un tournant des luttes LGBTI+ ». L’interas-sociation organisatrice de la Marche des Fiertés de Paris ajoute : « cela fait sept ans que les droits LGBTI+ n’ont pas connu de grandes victoires ou avancées, et les forces réactionnaires tentent toujours davantage de les faire reculer. À la veille d’élections présidentielles à haut risque pour nos droits et nos existences, les maires ont plus que jamais le pouvoir de faire de leur ville un lieu de vivre-ensemble. »
La pression des associations apparaît nécessaire, quand on lit l'enquête, l'Observatoire LGBT+ de la Fondation Jean Jaurès, qui fait un constat en demie-teinte : « bien que les problématiques liées aux personnes LGBTI+ soient perçues comme légitimes, l’enjeu réside dans l’opérationnalité des mesures. Les réalités des publics LGBTI+ sont, quant à elles, encore invisibilisées : par exemple, seules 3 occurrences du mot “lesbienne” apparaissent dans l’ensemble des données analysées.» L'Observatoire relève également une certaine frilosité sur les engagements : « si la lutte contre les discriminations et les violences est une ligne de force largement mise en avant, les enjeux moins consensuels sont largement relégués au second plan. Les problématiques liées à la pratique du chemsex, aux parcours et droits des personnes trans, ou encore au travail du sexe apparaissent de manière marginale.»
Les maires élisent les sénateurs
Dernière raison de voter aux municipales : les conseillers municipaux font partie du collège des grands électeurs qui élisent les sénateurs et sénatrices. Aujourd’hui, le parti Les Républicains est majoritaire au Sénat. Un parti historiquement opposé aux droits LGBT, qui s’est encore distingué récemment avec le vote d’une proposition de loi qui aurait fait de la France « le pays le plus transphobe d’Europe », selon les associations trans. Pour que la majorité au Sénat change, il faut des élu·es qui votent pour des candidat·es progressistes. Les municipales ne se jouent donc pas seulement à l’échelle de la rue ou du quartier : elles pèsent aussi sur l’équilibre national des droits.
Photo : Benoît Payan, maire de Marseille, au balcon de l'Hôtel de ville lors du passage de la pride de Marseille en 2023. Xavier Héraud
